Édition 2040 — Mot de l'auteur

Mesdames, Messieurs, je vous ai compris !

J'ai lu attentivement vos nombreux commentaires sous mon dernier guide et vos demandes de reconduire l'aventure, une fois de plus, dix ans plus tard. J'ai longtemps hésité, ne pensant plus être au sommet de ma forme, ni être à la hauteur de la tâche.

Finalement, après mûre réflexion, j'ai décidé de prendre mon courage à deux mains et parcourir à nouveau Fluville, de haut en comble et de bas en travers.

Et vous le verrez très bientôt, en dix ans, il s'en passe des choses !

Alors venez découvrir les bonnes cachettes et les bons tuyaux.

Sans plus attendre et en vous remerciant d'avance pour votre soutien, je vous présente — en exclusivité sur que-faire-a-fluville.fr — le guide touristique de Fluville (Édition 2040).

À noter que cette revue est aussi disponible en format papier ! N'hésitez pas à en commander un pour vos grands-parents !

— M.D
Note sur l'auteur

Avant d'entamer le voyage, faites connaissance avec votre guide.

Je m'appelle Mathieu Darne. J'ai 36 ans même si j'en fais 20 (c'est une blague has-been et jeuniste, je sais).

Je suis né à Fluville et j'y ai passé la plus grande partie de ma vie — j'adore cette ville ! Elle change rapidement, elle est dynamique. Très vite, je me suis passionné pour le journalisme de spontanéité : couvrir les événements, être là en premier pour traiter une nouvelle.

C'est dans cette optique que j'ai intégré l'école de Journalisme de Fluville en 2025, et trois ans plus tard, j'ai rejoint un prestigieux quotidien local : le Flu-gazette, dans lequel je travaille encore aujourd'hui (je suis indispensable).

En parallèle, pour partager ma passion de l'exploration urbaine et parce que, selon moi, le Flu-gazette ne parlait pas assez de tourisme, j'ai décidé de lancer mon propre site avec sa petite rédaction interne : que-faire-a-fluville.fr.

Grâce à vous — ou peut-être à vos parents pour les plus jeunes lecteurs — j'ai pu assurer le maintien de ce site où j'ai concocté avec amour des centaines d'articles et de recommandations pour profiter au maximum de notre belle ville. Puis j'ai bien sûr publié la clé de mon succès, la bible de Fluville : le guide touristique de Fluville (Édition 2030).

J'espère qu'avec cette déclinaison rafraîchie, je rendrai honneur à l'œuvre originale et ne m'inscrirai pas dans la triste et longue liste des suites inutiles.

Comme d'habitude, vos commentaires et vos critiques seront les bienvenus dans l'espace dédié en bas de page. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce guide que j'en ai pris à l'écrire.

Avec tout mon amour, — M.D
Introduction

Oh non, encore un paragraphe explicatif.

Bon, promis, c'est le dernier — après, je ne vous embête plus.

J'ai décidé d'organiser ce guide en « spots ». Un « spot » est un affreux anglicisme (mes lecteurs québécois, ne me mangez pas) qui signifie « lieu ». Je l'aime beaucoup car il a une connotation familière et malicieuse — « spot », ça fait le petit endroit dont vous seul connaissez le secret.

Chaque page décrira donc un spot, d'une manière plus ou moins académique. Je vous exposerai le lieu, son histoire, comment s'y rendre et les choses que vous pourriez y découvrir.

Je tiens à m'excuser auprès des puristes : je sais que cette organisation n'est pas tout à fait la même que dans le guide de la décennie passée, mais je tiens à les rassurer — ce nouveau modèle est plus cohérent et tient du début à la fin.

Allez, j'avais dit que c'était le dernier. Bonne lecture !

— M.D
Les spots — Édition 2040
1
Patrimoine · Histoire

Le Pont des Soyeux

Le lieu incontournable de Fluville. Une vue panoramique sur la ville entière, chargée d'une histoire ouvrière bouleversante.

2
Urbex · Exploration

L'Ancien siège de Flusoft

Pour les amateurs d'exploration urbaine. Les ruines partiellement calcinées d'une multinationale technologique, entre décor dystopique et curiosités.

3
Gastronomie · Restaurant

Le « Flu-Gourmet »

Un restaurant étoilé accessible, à l'ambiance bar new-yorkais des années 1960. Spécialité locale : la Flu-ûte. Pensez à réserver !

4
Architecture · Littérature

La maison d'édition « Flufeuilles »

Un bâtiment du XVIIIe siècle remarquablement conservé, sur les rives du Fluone. Un détour architectural qui s'intègre parfaitement à une balade sur les quais.

5
Musée · Insolite

Le musée de l'ambassade des « To »

L'ancienne ambassade d'une race extraterrestre reconvertie en musée. Entrée ~10 € (gratuit moins de 26 ans). À deux pas du Pont des Soyeux.

6
Patrimoine · Antiquité

Ruines romaines de Flugudum

Vestiges incroyablement bien conservés de l'antique Flugdunum. Musée gratuit, concerts en amphithéâtre l'été. À découvrir depuis la Flucolline.

7
Musée · Technologie

Musée de la robotique et de l'androïde

Une galerie privée retraçant l'histoire de la robotique à Fluville. Prototypes autonomes, plans d'ingénierie et activité exosquelette. Déconseillé aux moins de 14 ans.

8
Shopping · Insolite

Le « Flumall »

Un centre commercial monumental à l'esthétique liminal space assumée. Décor du film The Entre-deux States. Accessible depuis 4 stations de métro.

9
Gastronomie · Boisson

Le « Flusmoothie »

L'enseigne de smoothies de l'entrée du Flumall. Des saveurs classiques aux créations conceptuelles, dont le mystérieux « liminal space ». Une expérience gustative unique.

10
Nature · Mémoire

Le parc des lumières disparues

Un parc municipal d'une verdure flamboyante, en hommage à Paul. Lac, pédalos, canards, et course d'androïdes chaque année. Arrêt « Lumière » métro 2.

Fluville Tourisme Guide 2040 Gastronomie Culture Patrimoine
← Retour à l'accueil
Spot 1 — Patrimoine · Histoire

Le Pont des Soyeux

On commence par le commencement (oui, c'est un pléonasme — mes amis écrivains ne me mangez pas, j'ai déjà bien assez d'ennemis comme ça !).

Si vous ne devez voir qu'une seule chose à Fluville, c'est probablement celle-ci. Même si j'espère que ce ne sera pas le cas et que vous consulterez l'intégralité de mon guide, au risque de briser mon petit cœur.

Pourquoi un pont, me direz-vous ? En général, c'est juste une grande passerelle qui relie une rive à une autre, parfois avec une coque un peu artistique. Il y en a partout des ponts, ce n'est pas du tout une spécificité de Fluville. À ceux-là, je répondrai : vous avez raison. Mais le pont des Soyeux a quelque chose en plus, une espèce de singularité inexplicable que je ne saurais décrire que lorsque je m'y trouve.

Le pont est intrinsèquement agréable. Le vent souffle dans vos cheveux, il n'est jamais froid ni chaud, il vous caresse juste. La vue est splendide : le quartier d'affaires sur une rive et la partie historique sur l'autre. En un seul panorama, vous saisissez l'intégralité de la ville. Honnêtement, c'est une expérience incroyable que je vous recommande très fortement. C'est comme si l'esprit de la ville lui-même s'insinuait dans votre être et ne vous quittait plus jamais (oui, je voulais devenir poète et, pour le bien collectif, j'ai arrêté).

Donc, voilà, le verdict de sa sainteté a été prononcé : vaillant touriste parisien ou asiatique, le pont des Soyeux est votre priorité numéro 1. Faites-le avant de commencer quoi que ce soit d'autre — vous verrez.

Maintenant, un peu d'histoire, comme ça les lecteurs fluviens qui nous lisent pourront en apprendre aussi. Le pont des Soyeux a été érigé en 1888 ; il a directement succédé à l'ancien pont à sa place, qui était en mauvais état mais qui s'est vu dynamité lors de la tragique révolution des Soyeux.

En effet, pour survoler rapidement ce fait historique majeur qui a marqué la ville : les travailleurs de la soie, pilier économique de la zone, ont décidé de se mettre en grève et d'entamer une manifestation mouvementée. Après des affrontements dans les rues entre l'État (soutenu par les patrons) et les travailleurs, les pauvres manifestants se sont retrouvés piégés. Alors que leur cortège se trouvait au-dessus du fleuve, les policiers ont bloqué chaque entrée, coinçant les soyeux au centre. Après une bataille aussi tragique que cinématographique, les autorités ont fait exploser le pont, qu'ils avaient dynamité en amont. Les soyeux sont presque tous morts, noyés dans le froid hivernal du Fluone.

C'est un épisode tragique qui a mis le feu aux poudres. L'État a essayé de cacher le coup monté, prétextant un effondrement dû au poids et au mauvais entretien du pont. Cependant, la supercherie a rapidement été démasquée et le maire ainsi que les grands noms de l'industrie de la soie se sont fait trancher la tête lors d'une révolution prolétarienne plus forte et plus déterminée. En 1888, après deux ans d'affrontements ouverts qui ont marqué les rues de la ville, les soyeux et leur nouvelle administration ont érigé un pont en l'honneur des disparus : le pont des Soyeux.

Encore aujourd'hui, lorsque vous allez sur l'arche, vous pouvez voir une plaque commémorative qui vous résume mieux que moi cette tragédie. Si vous observez l'arche avec attention, vous remarquerez d'étranges figures humaines (que je trouve personnellement assez flippantes). C'est l'œuvre d'un sculpteur local, elles ont été taillées pour offrir une mémoire aux noyés.

Ouf ! Je me rends compte en écrivant ces lignes que l'atmosphère est un peu lourde. Croyez-moi, si j'étais né en 1888, l'histoire aurait été bien plus fun !

En tout cas, allez au pont des Soyeux. De jour comme de nuit. Évitez juste d'y aller le soir d'un match, ou vous finirez écrasé par une troupe de supporters du FC Flu, ce qui n'est ni la manière la plus agréable, ni la manière la plus glorieuse de quitter ce monde.

← Retour à l'accueil
Spot 2 — Urbex · Exploration

L'Ancien siège de Flusoft

⚠️ Ce lieu est recommandé aux pratiquants de l'urbex.

Comment parler de Fluville sans évoquer son frère jumeau, son double maléfique : Flusoft ? Je pense qu'il est inutile d'expliquer longuement ce qu'est cette entreprise et dans quel secteur elle opère, tant elle est placardée partout dans les rues (et même sur le front de quelques masochistes).

Pour les personnes qui sortent d'une cryogénisation : Flusoft est une multinationale technologique opérant dans à peu près tout ce qui caractérise un mauvais récit de science-fiction. L'entreprise est très importante sur le plan international et est prétentieusement appelée « le nouveau pilier économique de la ville ».

Jusqu'en 2038, elle avait son siège social dans le quartier d'affaires, avec une imposante tour et une fresque colorée incroyablement kitsch. Heureusement ou malheureusement, ce bâtiment a partiellement explosé et brûlé à l'été 2038, la canicule ayant favorisé les flammes. L'incendie est étroitement lié à l'affaire du Flubridge, résolue par notre star locale l'inspecteur Fletcher Hobbles — une histoire bien trop complexe et tirée par les cheveux pour que je la résume ici.

Donc, vous allez me dire : pourquoi diable aller visiter un lieu brûlé ? Et là je m'adresserai presque uniquement à mes collègues, partenaires en urbex.

L'urbex (il faut tout expliquer !) est une pratique très fun mais très irresponsable qui consiste à aller explorer, avec un casque de sécurité, des zones urbaines abandonnées. Très souvent, il se dégage de ces vieux lieux une aura presque mystique qui vaut définitivement la prise de risque. Si, si, je vous assure — moi-même j'étais très sceptique mais j'ai finalement sauté le pas.

À l'intérieur de la structure carbonisée, on peut voir un décor presque dystopique : des restes d'androïdes encore grinçants, des disques optiques partout sur le sol, un vieux paillasson, des bureaux et même des documents confidentiels.

Si vous êtes à l'aise avec l'exploration urbaine et que vous êtes de passage à Fluville, tentez le coup.

C'est illégal sur le papier, mais honnêtement, la mairie tolère totalement cette pratique. Personne n'a jamais été arrêté pour ça. (Si vous y allez sous mes recommandations et vous vous faites coffrer, n'essayez pas de me poursuivre — j'ai un excellent avocat !)

Bref, le siège de Flusoft est intéressant depuis deux ans. Et franchement, qui n'aime pas voir une prétentieuse multinationale carbonisée ? Moi j'adore — je suis peut-être un grand psychopathe, mais à chaque fois que je passe devant, je me dis : bien fait !

Évidemment, l'incident n'a fait aucun mort, sinon vous vous doutez bien que même avec tout mon cynisme, je ne me serais pas permis d'être aussi dur.

← Retour à l'accueil
Spot 3 — Gastronomie · Restaurant

Le « Flu-Gourmet »

Amis gourmands, préparez vos estomacs et entraînez vos papilles car la prochaine étape de ce circuit va solliciter votre sens du goût. En France et plus généralement à Fluville, nous avons la chance d'avoir une gastronomie très développée. Personnellement, j'ai toujours été un véritable sanglier côté nourriture — je mange tout ce qui me passe sous la dent avec plus ou moins de conviction — mais pour les gens un peu plus raffinés, c'est une destination qui s'impose forcément !

À quelques mètres de la station de métro « Flucron », au 211 rue Couffinal, vous pouvez vous y rendre facilement. Une petite enseigne qui dépasse de l'immeuble indique la direction à suivre.

Le « Flu-Gourmet » est un petit restaurant étoilé mais accessible. Il a été fondé en 2013 par le chef étoilé Jeremi Vatriolle et a immédiatement eu un succès fou. L'ambiance est soignée et imite celle d'un bar new-yorkais des années 1960 (parfait pour les fans de films noirs ou de polar). C'est donc un restaurant thématique, mais ne vous y trompez pas : on est très loin des établissements qui copient simplement une direction artistique en négligeant les plats. Ici, les mets sont aussi élaborés que les décors.

Le menu y est varié. Vous pouvez prendre un simple burger (même si ce serait une insulte), des pâtes ou bien la spécialité locale : la « Flu-ûte », qui est une sorte de tarte très garnie et oblongue. Il y a aussi des sucreries, comme une divine tarte au citron, et des compositions pour les audacieux comme la pizza à l'ananas — personnellement je n'ai pas d'avis tranché, mais je sais que certains lecteurs ratureront instantanément le spot de leur liste, invoquant un fanatisme dangereux et peut-être contagieux.

Le restaurant est bien coté, donc pensez à réserver en ligne ou en vous y rendant directement. Le service est agréable, réactif mais pas envahissant. Vous n'avez donc pas besoin de hurler comme un pacha qui réclame ses offrandes pour demander une carafe d'eau. Ce qui est un petit plus.

Si vous y allez l'été, l'espace est climatisé et devient de ce simple fait l'un des derniers refuges de l'humanité.

À noter que l'inspecteur local Fletcher Hobbles, qui a résolu l'affaire de la révolution des lampadaires et l'affaire du Flubridge (désolé pour ceux qui ne connaissent pas le lore de la ville, c'est une longue histoire), a pour habitude de fréquenter l'établissement. Il prend toujours le même plat et mange sans un mot, parfois un journal à la main. Il n'a pas l'air de vouloir qu'on le dérange, alors je ne l'ai pas dérangé. C'est un type gentil mais vraiment solitaire — j'ai essayé de le solliciter de nombreuses fois pour mes articles dans le Flu-gazette, il n'a que très rarement répondu. Ne vous inquiétez pas, je ne lui en veux pas, il a sûrement ses raisons.

D'ailleurs, pour ceux qui veulent une anecdote (oui, j'adore raconter ma vie) : j'ai un jour conseillé à l'inspecteur de s'intéresser à la politique. La semaine suivante, pour les nouvelles élections du maire, je l'ai vu dans les urnes. Je dis ca, je dis rien — mais si même une pointure comme lui écoute mes conseils, c'est que je dois être sacrément sage !

← Retour à l'accueil
Spot 4 — Architecture · Littérature

La maison d'édition « Flufeuilles »

Située sur la rive du quartier historique, au bord du Fluone (dont je vous recommande évidemment la balade sur les quais), la maison d'édition « Flufeuilles » est l'un des nombreux éditeurs locaux. C'est une maison modeste mais réputée, qui a publié plusieurs best-sellers comme Le Palais mental de l'écrivain ou Johnny Falconne et l'affaire des spectres dissonants, écrit par l'inspecteur Hobbles — comme quoi, il est vraiment touche-à-tout (un peu comme moi).

Pour les passionnés de littérature, l'accueil abrite une sorte de mini-musée avec quelques écriteaux à lire, mais vous en aurez vite fait le tour. Le véritable intérêt ici est à l'extérieur, dans l'architecture.

C'est simple : le bâtiment est sublime ! Érigé au XVIIIe siècle et parfaitement conservé, le lieu a une certaine originalité vraiment frappante. La pierre est parfaitement taillée, lisse, presque douce. Des statues ornent les balcons : les plus cultivés reconnaîtront qu'elles représentent les différentes personnalités littéraires de la ville. Ce mélange de néo-classique et de modernité est un archétype de la singularité esthétique de la zone.

Si vous y allez un jour banal à une heure creuse, vous pourrez peut-être parler à M. Flurrati, qui nettoie l'accueil. Je ne l'ai jamais rencontré, mais beaucoup de gens m'ont dit que c'était un type charmant et gentil (et ça, c'est presque un acte politique en 2040 !).

Quoi qu'il en soit, la maison d'édition est clairement un lieu qui vaut le détour — et je dis ça dans le sens littéral, car en réalité vous n'aurez même pas besoin de faire de détour si vous suivez mes fabuleux conseils et prenez l'itinéraire depuis votre balade sur les berges.

← Retour à l'accueil
Spot 5 — Musée · Insolite

Le musée de l'ambassade des « To »

Celle-ci est un petit peu loufoque, donc elle s'intègre parfaitement à notre guide d'exploration urbaine.

En 2031, une race extraterrestre très étrange (des sortes de poulpes utilisant des robots comme exosquelette, d'après mes informations) a atterri dans le Fluone (c'est peut-être pour ça que l'eau y est si verte).

La zone a rapidement été mise sous quarantaine, les autorités ont bouclé tous les ponts — inquiétant le modeste citoyen que j'étais — et créant des embouteillages monstres dans toute la ville (au grand dam des automobilistes, déjà peu gâtés). Très vite, les médias, comme le Flu-gazette, ont pris l'événement pour un canular bien fait. Mais pour une raison ou une autre, l'État ne voulait rien entendre et a laissé l'accès au fleuve fermé pendant des jours. Même mon gilet « PRESS » ne me permettait pas d'entrer. Quelle misère.

Quelques jours plus tard, les ponts ont subitement rouvert et la mairie a fait comme si rien de tout ça ne s'était passé. Dans le quartier historique, un vieux bâtiment semblait avoir changé.

C'est un immeuble bas de type haussmannien, réquisitionné pour faire l'ambassade des « To », la fameuse race alien qui a fait tant couler d'encre. Ils ont finalement ouvert leur local à la presse — je m'y suis précipité avec mes collègues de Flunews et de L'Écho de Fluville. Le diplomate alien a tenu une conférence de presse de deux heures. Il ne mâchait pas ses mots et avait probablement appris la diplomatie sur Mars. Il nous a qualifiés, en tant qu'espèce, de « bipèdes primitifs » avec « un sens de l'ego trop développé et une intelligence prétentieuse » (pour moi, pourquoi pas — mais en faire une généralité pour tout le monde, c'est honteux ! On ne mélange pas les torchons et les serviettes). Il a ensuite ajouté que le nom de leur espèce était bien plus complexe mais qu'ils ont préféré l'abréger à une syllabe pour garder le maximum de masse cérébrale humaine disponible pour de « vraies tâches ». Vous l'aurez compris : des gens très sympathiques.

Leur ambassade était remplie de babioles technologiques et spatiales très démodées. Pour ceux que ça intéresse, j'en ai fait un article entier dans le Flu-gazette.

Mais je divague. Revenons au spot. Après un incident diplomatique entre les Français et les aliens que je n'ai pas très bien compris (je n'ai pas fait alien en LV2), les « To » ont décidé de plier bagage. Ils ont pris leurs cliques et leurs claques, leur immense vaisseau spatial, et ont claqué la porte de la Terre. Ils ne sont jamais revenus : bon débarras.

En attendant, la mairie a décidé de transformer leur ambassade en musée, exposant pour environ 10 euros l'intégralité du matériel de la race alien. Allez-y : c'est très enrichissant, ce n'est pas très cher (gratuit pour les moins de 26 ans ou les étudiants) et c'est à seulement quelques pas du Pont des Soyeux. Vous y découvrirez des pierres lumineuses de toute sorte, des armes incompréhensibles et une maquette de leur capitale sur leur exoplanète 34GB.

P.S. : Pour les premiers degrés ici présents, je fais la promo du musée en utilisant le narratif recommandé par leur PDF de presse. Je sais que je ne suis pas un modèle de stabilité mentale et de stoïcisme, mais je n'ai quand même pas perdu les pédales à ce point (ceux qui y ont cru me vexent profondément). L'œuvre entière est le travail d'un artiste russe, Vladimir Macovobinov, Fluvilien déjà connu pour son travail sur les statues du parc municipal ou certains ARG populaires sur Internet.

← Retour à l'accueil
Spot 6 — Patrimoine · Antiquité

Ruines romaines de Flugudum

Comment évoquer Fluville sans parler de son passé romain. À l'époque, Flugdunum — la ville — était un point clé économique et stratégique au sein du légendaire empire romain. Avant de s'effondrer, les Romains ont été polis et nous ont laissé quelques traces de leur passage.

Ainsi, si vous allez dans les hauteurs de Fluville en prenant le métro 4 puis l'arrêt « Flucolline », vous pourriez observer ces vieilles ruines au glorieux passé ! Le bâtiment est incroyablement bien conservé (bien mieux que moi) et on ne dirait pas que l'ensemble a deux mille ans !

Oh, et pour les férus de savoir et de connaissance, il y a un musée — et vous voulez le meilleur : c'est gratuit ! Et oui, Monsieur ! C'est une nouvelle mesure de notre nouvelle maire (il en faut, des choses, pour réparer les bêtises des deux précédents).

Évidemment, si votre conscience se sent trop alourdie de cette science gratuite, vous pouvez toujours dépenser une somme totalement abusive pour obtenir une boule de neige Flugudum ou une clé USB statue romaine — mais dans ce cas, je vous invite juste à leur faire un don sur leur site, il paraît que les restaurations coûtent bien plus cher qu'on ne l'imagine.

À noter : si vous êtes de passage l'été (ce qui est une idée suicidaire car le climat de Fluville est globalement celui de Bagdad il y a 50 ans), vous pourrez peut-être réserver des concerts organisés chaque année par plein d'artistes différents qui viennent performer directement dans l'amphithéâtre romain. Non franchement, la puissance épique de Rome avec l'orchestre de la modernité : le peuple n'est-il pas diverti ?

Je pensais ce spot intéressant — je l'avais omis dans le guide précédent en pensant que beaucoup de gens avaient déjà vu les ruines de Rome ou de Lyon (c'est oublier que tout le monde n'a pas les moyens de voyager, et je suis désolé d'avoir pensé à travers mon prisme d'homme privilégié).

Cela est donc maintenant corrigé : les ruines sont présentes dans ce guide. Vous me direz ce que vous en pensez — personnellement, ça me fait toujours un effet, même si je passe devant pratiquement tous les matins pour rejoindre les locaux du Flu-gazette (pourquoi je ne prends pas le métro ? Oh, vous le savez très bien).

← Retour à l'accueil
Spot 7 — Musée · Technologie

Musée de la robotique et de l'androïde

⚠️ Robophobes, s'abstenir.

C'est un spot que je sais déjà controversé. Je vois les anti et les pro-Flusoft venir défendre leur camp corps et âme en transformant mon espace commentaire en champ de bataille. Rassurez-vous, pour ceux qui aimeraient me faire un point culture avant de me mettre leur poing dans la figure : je sais ! Je sais que ce musée est étroitement (voire carrément) lié à Flusoft. Que la plupart des bénéfices partent peut-être dans un de leurs projets à l'éthique… disons discutable.

Mais ici, je présente un spot dans le cadre d'un guide touristique — c'est purement et simplement informatif. Je ne vous mettrai pas un pistolet laser sur le front pour vous forcer à y dépenser vos billets.

Je sais que certains d'entre vous ont une vision du tourisme et de l'exploration très philosophique — je pense que c'est tout à votre honneur dans un monde où d'immenses stations balnéaires sont construites sur la pauvreté locale — mais moi, je ne suis personne pour vous dire quoi faire. J'ai la prétention de ne pas avoir la prétention de dicter vos actes et vos choix. Donc je vais lister tout ce que vous pourrez faire et je vous laisse la responsabilité de décider par vous-même (c'est déjà assez dur de s'occuper de ma propre éthique, alors c'est presque par flemme que je vous laisse seul avec la vôtre !).

Fondé en 2029, le musée de la robotique et de l'androïde est une galerie privée qui expose et raconte l'histoire de la robotique, en particulier celle de Fluville. Pour s'y rendre, c'est très simple : prenez le tram T22 et arrêtez-vous à l'arrêt « musée de la robotique et de l'androïde » (les choses sont bien faites).

Vous pourrez y voir des prototypes d'androïdes autonomes de Flusoft (« Uncanny Valley » assuré !), mais aussi des plans d'ingénierie incompréhensibles mais très plaisants à regarder (on se sent un peu comme un antagoniste).

Il y a même une activité : contrôler votre propre exosquelette. Ça a l'air vraiment bien, mais je ne pense pas que ce soit adapté à la famille. Le musée déconseille même la venue des enfants en dessous de 14 ans dans leur rubrique de presse. Vous voilà prévenus.

Moi personnellement, j'y suis allé une fois et je suis reparti aussi vite que Lacombe de son poste de maire quand j'ai vu qu'un robot étrange me regardait de travers.

← Retour à l'accueil
Spot 8 — Shopping · Insolite

Centre commercial de Fluville, le « Flumall »

Cher voyageur, chère voyageuse,

Je sais ce que vous vous demandez depuis le début de ce spot : où est-ce que je consomme ? Où est-ce que je nourris le bon et gras système en place ? La réponse est simple : à Fluville, on a un super bâtiment pour ça, un centre commercial nommé avec un joli anglicisme — le « Flumall ».

Je lis dans vos pensées, là, à ce moment même. Vous vous dites : il intègre un centre commercial dans son fameux guide, mais c'est une honte ! Il a totalement vrillé, le pauvre. Vous avez l'impression que j'ai profané un saint ouvrage et vous voulez me mettre sur le bûcher des anges déchus.

Attendez mes explications. Oui, vous l'avez sans doute remarqué, des immenses centres commerciaux il y en a partout. En fait, ce type de bâtiment est même associé à un gigantisme sonnant — personnellement, je ne me suis jamais dit « oh tiens, un petit centre commercial, tout petit, tout mignon ».

Donc en apparence, celui de Fluville ne déroge pas à la règle : il est immense, lui aussi. Mais il l'est d'une manière qui lui est propre. Vous connaissez les espaces liminaux ? C'est un type d'esthétique très populaire dans les années 2010/2020, né sur internet. Le mouvement s'inspire d'espaces géants, artificiels et quotidiens pour créer de l'horreur dans laquelle le bâtiment lui-même est hostile. C'est ingénieux et je trouve ça vraiment flippant (je suis une flipette). Aujourd'hui, ce courant artistique est un peu démodé mais survit dans une petite niche, surtout chez les gens de ma génération.

Sachez qu'un film est récemment sorti : The Entre-deux States. Il parle d'un employé banal qui se retrouve coincé dans une version alternative de son magasin, traqué par une entité mystérieuse et menaçante. Je n'ai pas vu le film (je n'ai pas le cœur pour ça), mais il a eu un franc succès et a été entièrement « made in Fluville », puisqu'il a été tourné essentiellement dans le « Flumall ».

Sachez également que l'équipe de tournage du film sera présente toute l'année dans un local spécifique au « Flumall » — ils travaillent sur des effets de post-production et aimeront sans doute échanger avec vous ou signer des autographes (tout le monde aime être une star).

Pour vous rendre au centre, c'est assez simple vu la taille absolument délirante du bâtiment : vous pouvez vous arrêter à « Flucentre A » métro 2, « Flucentre B » métro 3, « Flucentre C » métro 4, ou « La Flute » métro 5 (oui, je ne sais toujours pas pourquoi ils ont décidé de saboter leur propre série comme ça).

← Retour à l'accueil
Spot 9 — Gastronomie · Boisson

Le « Flusmoothie »

Pour les ventres bien spacieux qui ont survécu au Flu-Gourmet, voici la cerise sur le gâteau : le « Flusmoothie ». Présent à l'entrée du centre commercial côté A, cette enseigne propose — vous l'aurez deviné (vous êtes très malins) — des smoothies !

Autant vous donner mon avis tout de suite, et je ne suis pas payé par l'enseigne (au passage, si l'un des responsables passe ici, je suis ouvert à tout partenariat) : les smoothies sont divins !

C'est probablement rempli d'ingrédients chimiques, mais je m'en fous — c'est sucré, c'est rafraîchissant, et ça réussit le miracle de valoir les quatre heures de queue entre la sueur et les pleurs des gamins. C'est de la dopamine, mixée et compactée dans une boisson épaisse de 70 cl.

Il y en a pour tous les goûts, dont certains m'ont fait écarquiller les yeux quand je les ai vus sur la carte. Il y a d'abord les classiques — fraise, pastèque, banane, abricot — pour les puristes, puis des déclinaisons un peu plus osées comme le « concombre/menthe » ou le « turbo-malabar ». Ensuite viennent des goûts un peu absurdes, du genre « liminal space ». Si, si — pour surfer sur le grand succès du film tourné dans le même lieu, ils ont lancé ce goût. Je vous avoue que je ne sais pas vraiment quelle sensation ça peut produire en bouche. Pourquoi ne pas lancer des concepts philosophiques en boisson tant qu'on y est ? On pourrait lancer « Espoir », qui donne la pêche, ou « Nihilisme », un peu piquant en bouche mais on s'en fout.

Enfin bref, l'équipe marketing du bâtiment m'a laissé confus, mais j'ai confiance en eux. J'étais présent à l'été 2038 le jour de leur ouverture et depuis, le succès n'a jamais baissé. Allez-y — c'est une expérience gustative comme il n'en existe plus. Pensez simplement à ne pas prendre de dessert au Flu-Gourmet, et soyez prêt à affronter la horde et la foule si vous espérez boire le précieux nectar.

← Retour à l'accueil
Spot 10 — Nature · Mémoire

Le parc des lumières disparues

Déjà présent dans l'édition 2030 des meilleurs spots de la ville fait par votre serviteur, le parc municipal a bien évolué cette dernière décennie.

D'abord, je voudrais rendre hommage à Paul, qui a disparu dans un tragique accident en 2037. Je ne le connaissais pas personnellement, mais il paraît qu'il voulait devenir journaliste aussi. Putain, la vie est la pire raclure que je connaisse.

Je ne détaillerai pas l'incident — on l'a déjà bien assez entendu. Et pour les curieux, posez-vous déjà la question : n'est-ce pas là de la curiosité morbide ? Et si malgré ça vos pulsions continuent, allez simplement chercher ça sur internet, c'est très documenté.

Donc, bref : le parc est superbe, il est parfaitement entretenu, il est d'une verdure flamboyante.

Tous les vendredis soir, vers 22h, des fleurs sont déposées près de la tombe de Paul. Indirectement, il a contribué à faire de cet endroit un lieu magnifique.

Pour vous y rendre, il suffit de s'arrêter à l'arrêt « Lumière » métro 2 — c'est aussi le centre de la ville. Si vous passez au printemps, l'étape des floraisons est sublime : le parc brille d'une palette de mille couleurs (attention, les allergiques aux pollens, n'y allez pas, au risque de visiter les urgences saturées de Fluville pour le prochain spot).

Ce parc a aussi un lac, où vous pouvez, moyennant un peu trop cher, faire du pédalo. Vous pouvez aussi nourrir les différents anatidés : des canards, des cygnes, des oies — des piaf un peu espiègles qui prendront volontiers votre quatre-heures sans même vous remercier.

À noter que la ville organise aussi chaque année depuis 2032 une course d'androïdes, dont le but est de faire le tour du lac. C'est une sorte d'activité sportive pour geeks — c'est lunaire et sans intérêt selon moi, mais chacun son avis.